Montagne Noire et Lauragais

 

Coincé entre le pied de la montagne et la ville, le cimetière de Mazamet, dissimule au delà ses murs silencieux, le discret départ du sentier qui permet de s'éclipser de la ville pour aborder la montagne. Soucieux de ne pas trop traîner en milieu urbain, je me faufile dans la petite ruelle, entre deux murs :

Cimetière à droite, cimetière à gauche et départ du sentier... zut, pas par là, un peu plus loin, au delà de celui de droite ! J'ai donc bifurqué trop vite ! il aurait été préférable de prendre la ruelle suivante. Revenir sur la rue principale ? La circulation en ville avec les copines, je n'aime pas trop. Je préfère l'option d'une petite visite aux ancêtres, et m'engage donc dans l'allée principale du cimetière pour traverser de part en part, la résidence dernière des anciens du pays. Auront-ils souri de cette visite impromptue des copines ? Parmi eux, certainement nombreux sont ceux qui ont eu l'occasion, en leur temps, de faire appel aux généreux services des mules et mulets. En tous les cas, s'ils ont souri de notre incursion, ils sont néanmoins resté bien silencieux , et c'est sans emporter aucun souvenir relaté, ni aucune petite anecdote du temps passé murmurée aux grandes oreilles,que je m'engage sur le sentier qui s'élève au dessus de la ville...

Agrippée sur son promontoire rocheux, le village médiéval de Hautpoul domine Mazamet. Je me mets en selle et passe la porte de la cité albigeoise pour un bref voyage, dans un temps moyenâgeux. Les pavés de la rue principale, conduisent mon équipage, par des lacets serrés vers la cime du piton rocheux. Je me sens chevalier revenant d'excursion lointaine.  A la cime, pied à terre, et retour dans une époque plus familière, pour profiter de la vue sur la plaine. Le soleil décline. Sans m'attarder, je reprends le sentier qui pénètre la châtaigneraie et poursuit l'ascension afin de dénicher avant la nuit, l'espace plat, plus propices au bivouac que cette sévère pente de la montagne. Ce sera chose faite en atteignant le prochain hameau alors que le soleil dispense encore quelques  derniers rayons. L'hospitalité d'un joli jardin nous est offerte. L'herbe est grasse, pour les copines, tandis qu'un petit replat, entre 2 tas de bois soigneusement alignés accueille confortablement ma petite tente. La nuit sera bonne, je suis fin prêt pour effectuer la traversée de la montagne noire le lendemain.


La montagne Noire. Elle s'étire bien en longueur avec ses monotones forêts de Douglas, cultivées sur son échine. Monotone ! Sauf quand la tempête étant passée par là, nous nous retrouvons au coeur d'un mikado géant : Admirables quand ils pointent, bien droits, vers le ciel, ces géants me sont beaucoup moins sympathiques, quand fauchés dans une sinistre pagaille, ils transforment l'espace en labyrinthe. Nous enjambons, s'échapper la cime ou par delà le bloc de racines arrachées nous contournons, ça passe... Ca ne passe plus. Je sors la scie, couper certaines branches, permettre aux mules de franchir l'obstacle. Hermine hésite. J'insiste, enfin elle se décide. Je poursuis me glissant entre 2 troncs, Joséphine est restée bloquée. J'avance encore avec Hermine, apercevant enfin une issue au fouillis. Je reviendrai chercher Joséphine. Et bien non, même pas la peine, l'éloignement d'Hermine l'a décidée, la voici qui rapplique au petit trot. Bravo les filles !

 

J'avoue ne pas être mécontent quand, basculant sur son versant sud, de magnifiques fayards, d'une forêt elle aussi, tout autant cultivée et plantée, remplacent les résineux. Ils ont fière allure ces hêtres. Familier des espaces montagnards, je les connais le plus souvent tourmentés, tordus, chahutés par les rudes conditions alpines. Ici ils s'élèvent, droits, réguliers, grands seigneurs de ces derniers et doux escarpements avant la plaine. 

L'après midi s'étire, ça sent le printemps, la température est douce, délicats cyclamens épars, lumineuses jonquilles en tapis éclairent le sous bois. L'atmosphère est paisible lorsque j'arrive sur "la rigole" qui collecte les eaux du versant sud de la Montagne Noire, pour alimenter le canal du midi, en son point haut entre les 2 mers, au seuil de Naurouze. Nature paisible discrètement domestiquée, silence et fluidité de l'eau qui file, sous bois ouverts invitant à la balade... Le chemin est doux, je suis pénétré de ce qui m'entoure. Ronde et féminine ambiance. Alors que deux heures auparavant, vers l'avant, la mâle forêt de résineux mobilisait toute mon énergie, dépasser le prochain virage, atteindre l'aboutissement de la piste, clore cette longue ligne droite, enjamber, franchir, le temps s'est maintenant mis au diapason de la forêt, je me coule littéralement sur le chemin...

 

Mais soudain ! Soudain, celui-ci laisse la place, et la route quitte définitivement ces doux escarpements. Petite route, qui sort bel et bien de la forêt. L'horizon s'ouvre, mais... l'espace se ferme ! A droite, à gauche, la même clôture, grillagée. Plus haute qu'une hauteur d'homme, celle-ci s'étire sur plusieurs km le long de la route.  Je ne le sais pas encore, mais je viens d'entrer en Lauragais, et ici cher visiteur, les fermes ne sont pas des fermes. Ici, elles méritent quelques particules, et se dénomment  "Domaines" !  La clôture borde toujours continuement la petite route. Domaine suivant, tout autant inabordable. Encore quelques km et je serai à Saissac. Il est temps de trouver où poser mon bivouac. Si mon chemin se poursuit ainsi entre deux grillages, cela risque de n'être pas très aisé. Heureusement, même entre domaines, la diversité reste de mise et à proximité du suivant, un petit panneau "accueil paysan" m'invite à m'avancer vers les bâtiments.

Je m'approche vers le tracteur à proximité de la bâtisse. La femme est à la manœuvre. Visiblement, ma requête de pouvoir bivouaquer à proximité de leur maison lui pose problème. Elle voudrait bien, mais semble en délicatesse avec le voisinage. Il y a un camping sur la commune. En saison, elle fait chambre d'hôte, mais pas camping. Me recevoir cela pourrait se savoir et leur être reproché... Pas simple semble-t-il les relations entre “Domaines“. La solidarité paysanne ne paraît pas être trop de mise dans la région ! Et finalement préfère demander à son mari. Celui-ci ne tarde pas à arriver pour confirmer, rassurant, que bien entendu, je peux m'installer derrière la maison, ce sera discret.

Ici, manifestement on bosse. Elevage, table et chambre d'hôte en saison, travaux de bâtiment hors saison. Les équidés, on connait, André a été accompagnateur de tourisme équestre pendant une quinzaine d'année. Alors la région aussi, il la connaît et pourra m'indiquer le meilleur chemin pour traverser ce grenier à blé du Languedoc, qu'est le Lauragais.

Mais ce soir, je suis de cuisine. Du moins, un peu plus que d'habitude, puisque j'ai une invitée. Sophie, une cousine toulousaine. Alors je m'active autour de mon petit réchaud à bois, et de ma cocotte. J'ajoute bien à ma préparation une petite dose de fierté, en complément des épices, afin de tenir dignement ma place pour ce repas familial !

La soirée se termine autour d'une tisane, dans la maison de mes hôtes, et autour de la carte, puisque pour traverser la riche région agricole qui m'attend, et choisir les chemins les plus adaptés à mon équipage, l'expérience d'André m'est bienvenue.

Traverser le Lauragnais ?

Les domaines dédiés à l'élevage, avec leurs clôtures, cèdent très vite la place aux domaines consacrés à la culture des céréales. Avantage, plus de clôture, mais et c'est moins bucolique, l'immensité des parcelles labourées rend la journée plutôt monotone. D'une ligne droite à l'autre, en bordure de champ, ou suivant une route rectiligne, je vais d'un bourg désert à l'autre. Profite du canal du midi pour m'offrir une petite pause. Un peu de fraicheur sous l'ombrage au bord de l'eau, ne se refuse pas. Passe l'autoroute, et de nouveau, retrouve un peu de relief :

Oui, j'ai envie de pousser jusque là bas, vers le village qui trône au sommet de sa butte. Laisser la plaine, et aller planter ma tente sur une hauteur afin de, demain matin, en prendre plein les mirettes avec la vue sur les Pyrénées. Je suis motivé, franchis les premiers moutonnements, avale une dernière combe, grimpe la dernière raideur de la bute, et ayant dépassé le village pose enfin ma tente, calée sur sa proéminence, bien orientée pour profiter du lever de soleil du siècle sur les cimes enneigées, pyrénéennes....

Lever de soleil du siècle ?

Le vent s'est levé,

ma tente a secoué,

le brouillard s'est imposé,

et sur le petit matin

ai redémarré chagrin...


 

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06 77 80 58 56

Crédit photos :
Merci aux "muletiers - photographes" : Olivia Bousquet - Jacques Chenel - Claire Laurens - Olivier Michaud - Genviève Mitha Cornier - Jessica Pion Roux - Jean Claude Rivoal - Paul Jeitz - Hervé Magnin - Nicole Texier

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