Dernier bivouac

 

On m'avait annoncé que ce serait bien beau, les Baronnies de Bigorre. On m'avait aussi dit que de creux en bosses et de bosses en creux, de les traverser prendrait un peu de temps. Il ne m'en a pas fallu tant que cela, et la journée que j'y ai consacrée aura suffi à en effectuer la traversée. Parcours à saute vallon, de buttes en collines, d'un hameau à l'autre, pour aller poser mon dernier bivouac, dominant les vagues désordonnées de ces terres de Barronies, au col de Benardaus.

De Saint Bertrand, au petit village d'Esparros, j'ai profité de la disponibilité et de l'offre de service de ma tante qui s'était proposée de m'avancer en voiture. Mon timing était un peu juste, puisque je tenais à passer au moins 2 journées chez Delphine et Chris, avant l'heure du dernier gratte gratte avec Hermine et Joséphine. Et je me devais d'être rentré chez moi avant la fin de la semaine. Mais je tenais à clore mon périple à pied, tout autant qu'à conclure par un joli dernier bivouac, au dessus de la vallée de Bigorre.

Le ciel est parsemé de moutonnements, lorsque je me fais déposer dans le haut du village d'Esparros. Dégradés de tous les gris, contrastes soulignés par de rares traits lumineux, laissant poindre quelques nuances de bleu, campent tel un reflet céleste des vallonnements terrestre ; les touches régulières des toitures grises, soulignent les moutonnements du relief. Là elles renforcent la ligne de crête, puis le trait s'estompe en quelques bergeries isolées, tandis que par ici, elles se nichent dans les replis du vallon. Par là elles absorbent le noir du nuage qui s'agglomère, quand sur ce versant du ballonnement, miroirs d'un instant, elles me renvoient l'éclat fugace d'un rayon de soleil.

Les demeures sont petites. De pierre grise, et d'ardoise, elles confèrent au paysage une belle harmonie. Tenu à l'écart des axes de communication par son relief bousculé, on sent que le pays est modeste. Les bruits sont lointains et discrets, les mouvements rares. Je chemine, d'une petite route sinueuse à l'autre, m'imprégnant d'harmonie, puis abandonne hameaux et pairies, pour m'enfoncer dans la forêt montagnarde et grimper le flanc de la montagne qui se noie dans le cotonneux moutonnement du ciel.

Dernière grimpette rendue plutôt rude par le poids de mon sac, puis longue piste à flanc de montagne. De surprenantes cabanes, perchées à 10 ou 15 mètre du sol, à la cime des arbres attirent mon attention. Manifestement un peu haut pour y laisser jouer les petits enfants. Aussi, quels grands enfants s'amusent donc à assembler planches et branchages ; quel étrange jeu mobilise tant d'énergie enfantine ? La réponse est inscrite sur ma carte. Le col voisin de celui vers lequel je m'achemine s'appelle le col des Palombières. Il me revient alors les échos d'une tradition située très vaguement dans mon esprit quelque part dans le vaste sud ouest. Serait-ce donc là. Palombières, palombes. Palombes, migration. Migration et tir traditionnel de ces oiseaux... Les petits enfants n'ont manifestement pas l'apanage des bêtises dans les cabanes ! Et pourtant quelle belle énergie et inventivité doit requérir la construction de ces cabanes. On s'amuse bien dans le pays ! Dommage que ces migrants là, eux aussi y laissent des plumes.

 

Le Pic du midi de Bigorre se cache dans les brumes au dessus de la vallée, au sud ouest, tandis qu'à l'est, les chaudes lumières du soir inondent les reliefs des Barronnies, lorsque j'installe mon petit bivouac. Lors du passage de Chris, j'ai troqué ma petite tente de 2kg, contre un léger abri de toile, à disposer sur le bâton de marche. 500 gr, cela valait le coup. Couverture de survie au sol, disposer le matelas, caler le sac, sortir ma gamelle et pour une dernière fois mon petit réchaud de bois, et me voici installé.

Je me fais un joli feu pour cette dernière soirée. Et alors que mon regard s'attache à ne rien perdre des dernières lumières, je goûte sereinement ce bonheur d'être là en cette dernière soirée solitaire. La fraîcheur de la nuit s'installe doucement. Dans le bois proche, la hulotte fait savoir alentour qu'est venue son heure, en contrebas un chevreuil lance encore quelques aboiements rauques, et quant à moi, je me glisse silencieusement dans mon duvet, laissant la porte de mon abri ouverte sur le feu encore bien vaillant. Il se sera éteint bien après moi...

 

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Merci aux "muletiers - photographes" : Olivia Bousquet - Jacques Chenel - Claire Laurens - Olivier Michaud - Genviève Mitha Cornier - Jessica Pion Roux - Jean Claude Rivoal - Paul Jeitz - Hervé Magnin - Nicole Texier

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