Saint Bertrand de Comminges

 

Derrière ses gros murs, sise dans la ville basse, la maison respire la sérénité.
J'y suis arrivé, la veille au soir, les épaules enflammées du poids des bretelles de ce sacré sac, que de toute l'étape, je n'ai pas réussi à ajuster correctement sur mes hanches ; la plante des pieds, ampoules en embuscade ; le cœur, pas encore totalement déchargé de la contrariété d'avoir dû abandonner mes deux compagnes de voyage, et la tête, encore pleine de révolte quant au triste constat du pouvoir aliénant de ceux qui possèdent sans scrupules et sans conscience...

La nuit a été bonne dans le lit profond de cette confortable chambre au papier peint désuhet et au mobilier d'antan.

Geste apprécié, hier soir, dans la foulée de mon coup de fil, par lequel je lui indiquais mon arrivée sur le village, mon hôtesse est venue à ma rencontre. Poignée de main et sourire de celle que l'on sent attentionnée et disponible pour la rencontre, pour peu que le pèlerin que je suis ce soir, y soit ouvert. Doucement je fais connaissance avec ce premier relais de Compostelle dont je profite. Je m'imprègne et au moment du petit déjeuner, j'ai pris ma décision, je vais passer la journée ici. Arrêter le mouvement et goûter simplement la sérénité de la maison, tout m'y invite, et entre autre la providence, puisque j'ai eu le coup de fil d'une tante, présente sur la région, qui souhaiterait me voir, et se propose de m'avancer sur ma route le lendemain.

Le soleil domine la journée dehors, mais j'apprécie la fraîcheur de l'intérieur et le temps disponible pour me mettre un peu à jour dans mes écrits. J'attends que le soleil décline un peu dehors, pour sortir et grimper les escaliers qui mènent à la ville haute. Petit tour dans la cité médiévale qui s'enroule autour de la cathédrale. Visite de celle-ci. Majesté de l'orgue dont les bois somptueusement sculptés s'élancent vers les arcs gothiques qui closent la perspective, et au centre de l'église, cet impressionnant chœur, église de bois inscrite dans l'église de pierre. Mais ce n'est par le cloître que l'on semble pouvoir y accéder. Un peu sur ma faim, je ressors, envisageant de poursuivre  justement ma visite par celle du cloître. Mais l'accès est payant, et dilettante que je suis en cette journée nonchalante, je suis monté les mains dans les poches, et les poches vides. Je n'insiste donc pas et poursuis ma ronde par les ruelles. Je retrouve le chemin d'accès et redescends dans la plaine, qui étale ses prairies et ses ruines romaines au pied du promontoire. Les douces lumières du soir soulignent l'harmonie des proportions et l'équilibre des arcs romans de la basilique Saint Jus de Valcabrère, silhouette isolée, modeste et délicate courtisane de la cathédrale dressée sur son promontoire.

Rechargé d'une paisible sérénité, j'apprécie pleinement le cadeau bénéfique que représente cette journée de voyage. Et pourtant, alors que je m'attable avec mes hôtes pour le diner, je ne sais pas encore que le plus beau présent de cette journée reste encore à recevoir, surprise... Au cours du repas, j'ai l'occasion d'évoquer ma visite de la cathédrale, mentionnant que, parti les mains dans les poches, je n'avais pu accéder à l'espace payant du cloître. Sans plus revenir dessus, le souper se termine lorsque mon hôtesse, en véritable amoureuse de son lieu, me dit : « Je vais vous proposer quelque chose, avant qu'il ne fasse nuit, nous allons monter à la ville haute, et je vais vous faire visiter le cloître. Ce serait quand même dommage de partir sans l'avoir découvert. »

 

Et oui, ce fut un bien beau cadeau que cette visite inattendue. Les lumières sont douces, et le soleil éclaire encore discrètement les derniers sommets alentours, lorsque j'ai le plaisir de pénétrer la sérénité du petit cloître. La re-découverte de la cathédrale, depuis l'intérieur de son chœur, tout de bois richement sculpté m'offre maintenant une toute autre perspective sur la magnificence du lieu, que celle entrevue durant l'après midi. Délicates marquèteries, finesse des sculptures, richesse des détails, surprenantes évocations... Mon hôtesse, fine connaisseuse de l'histoire millénaire et du patrimoine de son village, sait attirer mon attention vers chacun des plus jolis détails de l'oeuvre. Moment d'exception, petite perle du voyage, mais aussi joli cadeau d'une personne pleine de sensibilité, de culture et de délicatesse... Le silence scintillant de la nuit, qui maintenant enveloppe la cité millénaire, résonne comme le digne écho de mon émotion et de ma gratitude pour cette visite inattendue de ce fragment d'histoire humaine, inscrit avec art, dans la pierre et le bois.

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Merci aux "muletiers - photographes" : Olivia Bousquet - Jacques Chenel - Claire Laurens - Olivier Michaud - Genviève Mitha Cornier - Jessica Pion Roux - Jean Claude Rivoal - Paul Jeitz - Hervé Magnin - Nicole Texier

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