Mais où donc poser mon bivouac ?

 

Par beau temps, pas de problème. Les espaces où installer discrètement ma petite tente ne manquent pas :


Choisir la proximité de l'eau, de la bonne herbe pour mes 2 copines, et le reste 
coule de source. Chercher un coin où le soleil ne tapera pas trop tardivement le lendemain, repérer le petit replat où le somme sera doux, tendre la corde pour suspendre les selles. Si mes mules ont de la chance, je serais tombé sur une prairie close. Elles pourront vaquer tranquillement toute le nuit, mais la plupart du temps, il me faudra les attacher, après leur avoir laisser un temps de liberté. Mettre l'orge à tremper. Récolter les quelques branches sèches pour mon petit réchaud ; et me voici installé.

Mais passé les Cévennes, alors que je me dirige vers les Causses, le temps ne s'est toujours pas montré bon joueur. Malgré la fraîcheur du vent du nord, les nuages et le crachin persévèrent à déverser leur grisaille envahissante, avalant les crêtes et obscurcissant les cols. Alors, atteignant la vallée, il m'importe de dénicher le lieu où je pourrai poser mon bivouac, au sec, au sec, au sec impérativement.

Lorsque j'arrive à proximté de Meyruies, la journée a de nouveau été plutôt rude, avec le passage du col de Peyrjuret, sous la neige : Au petit matin j'ai laissé derrière moi "Barre de Cévennes", étrange village fantôme, endormi sous la gelée blanche. En contraste avec les escarpements cévenols précédemment traversés, par delà les prairies, la vue s'étend maintenant au loin, vers de hauts plateaux qui se dissolvent dans les brumes matinales. Promeneur solitaire en route pour l'horizon, foulant le givre matinal, j'ai fini par en atteindre le rebord. Basculant dans les chemins boueux, j'accompagne alors les sources qui dévalent vers le creux protégé de la vallée. Charmant village que le hameau des Vanels.


Je dialogue avec quelques habitants sur le vieux pont de pierre, coeur de la bourgade. J'y aurai volontiers fait étape si l'heure de me soucier d'un abri pour la soirée était venu.

Mais non, j'ai poursuivi la route vers le col. Et voici la pluie qui redevient mon unique interlocutrice : "Crois moi Philippe, tu espères que je ne sois que crachin passager, détrompe toi, et avant d'être détrempé il faudra bien te résoudre à marquer l'arrêt, et daigner enfiler de nouveau ton bel habit bleu, de pélerin d'un ordre solitaire". Quelques km plus loin, en amont, j'aurai aimé, sous un soleil même timide, prendre le temps de découvrir paisiblement le village de Fraissinet. Il semble receler de belles maisons de pays. mais pour suspendre un instant le déluge, je n'aurai fianlement marqué l'arrêt que sous le porche étroit de la petite église, sans avoir la place d'y convier mes copines... Me mettre à l'abri, le temps d'avaler une quignon de saucisson et un morceau de pain, et de tenir momentanément conversation avec la seule habitante improbable des lieux qui désirait que je devine son âge... Pas la peine de vous préciser que ce n'était pas vraiment une jeunette !

Passé le col de Perjuret, et m'approchant de Meyrueis, c'est donc plutôt rincé et lessivé que je termine sur la petite route, qui conduit, m'a-t-on dit, vers une ferme équestre. Une ferme équestre, cela comporte à priori plusieurs avantages : de l'espace, probablement, de l'espace abrité, peut-être bien, du foin très certainemement, et avec une certaine chance, un ou des bipèdes, présentant une certaine sensibilité au voyage avec les animaux, et donc succeptibles d'une certaine compréhension vis à vis du drôle de pélerin que je suis !

Or, me voici de nouveau, devant une batisse vide lorsque j'arrive. Mais les chevaux et poneys sont bien dans leur paddock, sans plus aucun brin d'herbe à brouter. Sûr quelqu'un viendra leur distribuer leur ration de foin quotidienne avant la nuit. Un peu à l'écart, j'aperçois un hangar. Sans attendre je prends possession des lieux, et à défaut de pouvoir planter mes sardines dans le sol bétonné sous le lit de vieux foin, je récupère ça et là les ficelles de bottes pour donner un peu d'allure et de dignité à mon « home ».

Effectivement, Sam et sa petite famille finissent par arriver. Pas de problème, "tu as bien fait de t'installer là, c'est le meilleur coin. Pour le foin, tu te sers par là. Ah et oui, pour la connexion internet, monte chez nous..." Sympa et bienvenue que cette halte à Meyrueis. Reposer l'équipage, faire quelques courses, raconter un peu sur facebook et sur le blog que voici quelques épisodess de mon périple... C'est une pause d'une journée complète et de 2 nuits sous ma petite tente "bien abritée" que je m'offre. 

 

Pour aborder les Causses, j'aurai espéré que le ciel se conforme enfin à la météo qui annonçait, depuis quelques jours déjà, le retour du soleil. Décidément ma robe de bure bleu roi n'inspire donc aucune compassion aux dieux du ciel ; mécréant, sceptique, que je suis, j'avais néanmoins failli y croire, rafraichi par le vif petit vent du nord qui m'accompagnait alors que je grimpais sur le Causse Noir. Encore et toujours, la langoureuse grisaille du ciel s'étire sur le plateau et n'incite guère à la flânerie. J'allonge la foulée sur le replat et avale les bosses. Le vent frais me pousse, vivifiant il m'encourage dans le mouvement. J'y trouve le rythme. Plaisir de la marche. Pensées fugaces et foulée mécanique me portent... Si les copines veulent bien suivre ! Et oui, parfois il leur arrive de manifester leurs humeurs, et de me faire savoir, que l'herbe soudainement verte dans un repli de terrain, leur semble bien préférable à ma dérive infinie vers l'horizon... 

Le crachin de nouveau revenu sur le plateau, à la dernière intersection j'ai regardé un peu trop rapidement la carte. Confiant je dégringole le sentier vers la vallée du Trèvezer, pour déboucher... Mais ma parole, cela ne ressemble pas du tout au village de Trèves sur lequel je comptais déboucher. La route ? une seule maison isolée ?  la rivière ? Je compare et fait défiler le petit bout de carte que j'utilise sur mon portable. Pas beaucoup de recul sur cet appareil. Et mince ! Mais ma parole je suis descendu par là... Et c'est bien 4 km de goudron que j'aurai pu éviter si j'avais pris le temps de regarder là haut, plus attentivement, mon "petit bout de carte électronique" !

L'après midi est donc bien entamée lorsque j'arrive à Trèves. Pas très vivante la bourgade en cette saison. Je ne m'attarde pas et enchaîne par la grimpette sur le Causse Bégon. Le pluie s'y remet, je ne chôme pas, et coupe à travers champs. J'hésite à rejoindre le hameau de "Causse Bégon" lorsqu'une voiture s'arrête à côté de moi : "Nant ? Oui, une heure encore environ par le chemin qui part là sur la gauche". Allez c'est jouable avant la nuit. Il fait bien frisquet ici sur le plateau, je serai plus bas en altitude, le bourg est plus important, je devrais pouvoir m'y poser au sec. J'enchaîne donc et c'est avec la nuit tombante que je descends sur Nant et aperçois à l'entrée du bourg, un centre équestre. La monitrice termine son cours avec de tout-jeunes enfants. "Pourrai-je laisser mes mules dans un de vos parcs, et poser mes affaires au sec ?" Oui, mais où donc poser la tente. Le terrain est détrempé, les parcs utilisés, reste le manège. "Eventuellement, mais la nuit on y rentre les poneys - Je dois pouvoir m'en débrouiller si vous avez quelques piquets de clôture, j'ai ma corde que je peux tendre" Et me voici installé pour passer la nuit avec les poneys. J'ai de la chance, ils ne ronflent pas... eux. Quant à moi ? J'espère que je ne les aurais pas dérangés, j'ai bien dormi !

 

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Crédit photos :
Merci aux "muletiers - photographes" : Olivia Bousquet - Jacques Chenel - Claire Laurens - Olivier Michaud - Genviève Mitha Cornier - Jessica Pion Roux - Jean Claude Rivoal - Paul Jeitz - Hervé Magnin - Nicole Texier

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