Bonnes draches et petites galères sur les Cévennes.

 

A me lire, certains penseront peut-être que c'est tous les jours dimanche, en voyage avec les mules, alors même si les bonnes draches et petites galères sont vites remises à leurs places, il ne serait pas honnête de les passer sous silence...

Tel sentier par exemple, bien souligné sur la carte, que confiant j'enquille de bon matin, me disant au fond de moi, aujourd'hui pas de temps à perdre, le ciel ne va pas tarder à tourner vinaigre. Et bien manque de pot, pour commencer la journée, clôture. Oh pas la vague petite clôture que l'on trouve toujours à contourner ou à franchir, non, non, malgré le sentier bien identifié, la sale clôture bétonnée, grillagée, cadenassée de celui qui dit ainsi à l'importun vagabond que je suis : « même si je suis retourné au chaud dans la ville, même si ce sentier marque le passage centenaire de l'habitant local racontant ainsi l'histoire des hommes dans ces montagnes, tu es ici chez moi, propriété privée, pas de discussion ! ». J'attache Hermine que j'avais en main, et commence à chercher comment contourner la dite propriété, et éviter le grand détour auquel la route voisine me contraindrait. Mais non, terrasses centenaires et murets de pierre obligent, il faut me résoudre à retourner sur mes pas et à fréquenter le goudron. Je remonte sur le sentier et... plus de Joséphine ! Bien plus sage que moi, elle avait préalablement compris qu'il n'y aurait pas de solution, et s'en était retournée, sans égard pour sa copine ainsi délaissée. Décidément, c'était bien la peine que je m'active ce matin à bâter au plus vite !

Et puis il y eu l'épisode surprise des tunnels. Episode surprise, parce qu'un ancien tunnel de chemin de fer ne se repère pas comme cela sur la carte. Le premier indice je l'ai perçu le long de la route, à laquelle, contraint, je m'étais résigné : « Mais ma parole, cette maison, ici perdue au milieu de nulle part, a tout d'une ancienne gare » Et oui, peu après, le chemin caractéristique qui passait devant la maison-gare, croise la route, et s'engouffre dans la montagne. Un panneau indique : “randonneurs, accès dans le tunnel, à vos risques et périls“. Ce que je traduis de manière très personnelle par “voyageur de passage, le chemin ressort de l'autre côté du tunnel !“. Amusé, pas mécontent de m'éviter quelques minutes de crachin et ayant repéré qu'il partait dans la bonne direction, je m'engage dans le noir. La petite lueur au fond m'indique que la sortie n'est pas si loin. Les copines me suivent sans problème. Le tunnel débouche sur un joli chemin plat et régulier. Chouette je poursuis. J'arrive à un carrefour de petites routes desservant les hameaux abandonnés. Dans l'axe du chemin, un pont sur le torrent, puis de nouveau un tunnel. Au fond de la fenêtre noire dans laquelle je m'engage, pas de petite lueur. Je sors la frontale et poursuis. Je tiens Hermine en longe, Joséphine suit. 30, 50 mètres ; je me retourne, et vois que Joséphine hésite. Confiant dans l'instinct grégaire de mes compagnes, je poursuis comptant sur leur impérieux besoin de rester ensemble. Et bien non, l'hésitation vire au demi-tour franc. Dois-je continuer, espérant un nouveau demi-tour. A moi d'hésiter... trop longtemps. Mon demi-tour à moi me permet juste de constater à la lumière du jour que : “ plus de Joséphine du tout “ et... 4 chemins qui partent dans les directions différentes, en plus du chemin d'où nous arrivons. J'attache Hermine, et pars en petit footing sur le chemin que nous avions pris. Toujours pas de Joséphine. Gros malin que je suis, j'étais trop confiant dans leur habitude de se suivre. Serait-elle partie au petit trot, rentrée au parc de la veille ? J'observe les traces dans la terre mouillée... Pas impossible qu'elle ait pris rapido le chemin du retour, j'hésite, vais voir plus loin... Non décidément, elle ne peut pas avoir retraversé seule le premier tunnel. Je reviens sur mes pas. De deux choses l'une, soit je la retrouve tranquillement à attendre à côté d'Hermine, soit il y a dans le secteur des ânes, ou des chevaux qu'elle ait sentis, et alors là bonjour la galère, je suis bon pour explorer les recoins cévenoles. Ouf, bonne pioche, c'était la première option. Allez, je vous tiens ferme et en route pour le tunnel.

Il y a donc des journées comme cela ; elles commencent par un petit crachin. Je souhaite alors d'autant plus avancer dare dare, mais les petites galères qui se succèdent, de bonne heure, se mêlent de me dire que non, ma foi, aujourd'hui le rythme, ce n'est pas moi qui le donnerai. Et alors là, à la sortie du tunnel, franchement c'est carrément la bonne drache carabinée. J'enfile ma cape, le bleu de ma tenue fantôme arrivera-t-il à défier la grise humidité omniprésente. C'est sans illusion que j'allonge le pas en direction du col de Jalcreste. Il me faut quand même jongler avec les petites routes et pistes diverses, pour éviter la route nationale. Elle aussi a pour objectif le même col, et le même bourg de Cassagnas, sur l'autre versant. Ce serait trop dangereux de la suivre !

Passé le col, un départ de piste forestière indique un centre équestre à quelques kilomêtres. Opportunité d'étape un peu plus proche que le bourg de Cassagnas. J'ai déjà quatre bonnes heures de marche dans les pattes, j'enquille la piste, d'autant plus volontiers qu'il n'y a alors guère de solution pour éviter la nationale sur les premiers km de la descente. Elle traine en longueur, cette piste, épousant chaque repli de la montagne. Je finis par deviner dans la grisaille, par delà une clôture, la silhouette des chevaux qui ont perçu notre approche, puis un bâtiment, enfin une maison. Mais tout cela est bien désert. J'en fais le tour, il me faut m'y résigner,  personne ! Partis en vacances ? Quelle idée aussi de voyager à cette époque dans le désert cévenol... Et cette piste qui n'en finit toujours pas...

Quand, finissant par couper à travers bois, j'atteins enfin la vallée, c'est manifestement le tracé de l'ancienne voie ferrée que je retrouve. Souple aux pieds des mules, nous avançons toujours d'un bon pas. L'espace Stevenson, gîte d'étape, est annoncé à 3,5 km. Et la pluie qui ne faiblit toujours pas ; l'après midi qui avance. Il n'est pas loin de 6 heure quand nous l'atteignons... et que je constate qu'il n'y a ici, pas plus âme qui vive, qu'au centre équestre ! 

Cassagnas est sur l'autre versant. 2km en rabe ! Grimpette, faut pas lambiner la nuit se fait proche. Plus de 8 heures que je suis sous la pluie, à jouer les fantômes solitaires dans les bois, avec mes 2 copines... Je frappe au carreau, et... rayon de soleil, mais j'en ai parlé précédemment (cf article précédant) : mules débâtées, ration d'orge fournie, tempête annoncée, je vais me coucher sans demander mon reste ...

 

Moment de bâter le lendemain matin, une éclaircie est annoncée !

Retour sur la table des articles "la campagne de Pinocchio"

Revenir sur le site "tetedemule" et découvrir les séjours muletiers 2017

 

 

06 77 80 58 56

Crédit photos :
Merci aux "muletiers - photographes" : Olivia Bousquet - Jacques Chenel - Claire Laurens - Olivier Michaud - Genviève Mitha Cornier - Jessica Pion Roux - Jean Claude Rivoal - Paul Jeitz - Hervé Magnin - Nicole Texier

Site créé avec l'aide de la région Rhône Alpes et de l'Union Européenne

Contact : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

Compteur        

www.joomlatutos.com
mod_jts_counterstats
mod_jts_counterstats
mod_jts_counterstats
mod_jts_counterstats
mod_jts_counterstats
mod_jts_counterstats