jument et aneLa mule et le mulet, nés de la jument et de l'âne, possèdent les qualités de leurs deux parents. Mais extérieurement, ils ressemblent beaucoup plus à leur mère qu'à leur père. Du père ils gardent une sacrée paire d'oreilles, une tête plus large que la jument, mais surtout une résistance à toute épreuve, une sobriété et une rusticité qui fondent leur réputation, une durée de vie de 30 à 40 années. Dscéance d'ostéopathie pour une mulee la mère ils ont hérité leur belle taille et leur fière allure... Quel est ce cheval aux grandes oreilles s'étonne le passant non averti !
Par contre le bardot, produit de l'accouplement du noble cheval, avec la modeste ânesse a bien mauvaise réputation. On dit que si le mulet a les qualités de ses deux parents, le bardot hériterait des défauts des deux ! Ce sont certainement de bien mauvaises langues qui parlent ainsi du cousin “bardot“, mais toujours est-il que le bardot, et la bardotte sont bien plus rares que le mulet et la mule. 

 

L'art de la mulasserie
La mulasserie est l'art de faire naître mules et mulets. C'est en Perse, 3 500 avant J.C. qu'il faudrait chercher les origines de ce savoir faire. Alors que les Scythes, montés sur leurs petits chevaux venus d'Asie centrale, envahissent la Perse, voici que leurs montures sont détournées de leurs obligations guerrières par quelques petits étalons aux grandes oreilles, bruyants et entreprenants. Ces petits mâles ont dû bien plaire à ces visiteuses orientales, puisque celles-ci mirent au monde de drôles de poulains qui s'avérèrent riches de qualités insoupçonnées... l'art de la mulasserie était né.


Au cours des siècles, de Perses en Grecs, de Grecs en Romains et en tribus gauloises, la mule et le mulet s'imposent. Accompagnant les armées d'Alexandre le Grand, franchissant les cols alpins avec César, tenant le siège devant Gergovie ; le sort de multiples batailles sera déterminé par la présence de cet auxiliaire devenu indispensable

Tout autour du bassin méditerranéen, malgré les interdits bibliques qui condamnent les accouplements entre espèces différentes, la mule deviendra rapidement un auxiliaire indispensable pour tous les travaux agricoles, et les corvées de portage!

chaise à mule

En Espagne, c'est de la folie ! On se les arrache ! Les mules, de ligne plus harmonieuses que les mâles, deviennent des bêtes de luxe que les aristocrates s'honorent de détenir. Philippe V possède six carrosses attelés chacun à six mules richement harnachées de cordons de soie.

Les qualités de cet hybride sont tellement appréciées aux royaumes d'Espagne et de France, la demande est telle que la pérénité de certaines races de chevaux s'en trouve mise en danger et que les armées viennent à manquer de chevaux ! Au XVIIIème siècle, en Andalousie comme en France, une loi interdira un temps l'accouplement de l'âne avec les juments ayant plus de quatre pieds de hauteur...


Dès le moyen âge, la production de mules est donc devenue une véritable production "industrieuse". Du XVIIème au XIXème siècle, c'est principalement l'armée qui, en France, est grosse demandeuse de mulets. Des régions entières se spécialisent dans l'élevage. Le Poitou, avec son célèbre "Baudet" se distingue tout particulièrement.
Une race de chevaux, dite race mulassière est développée, par croisement de races flamandes et françaises spécialement pour obtenir des juments adaptées à la mise bas de mules et mulets de qualité.


    
Bonaparte sur sa mule - tableau de Delaroche (1797-1856)

On retrouve la mule, “se piquant de Noblesse“ avec La Fontaine ; en Amérique à la conquête de l'ouest et en Californie , avec les chercheurs d'or ; en 1912, avec l'explorateur Scott, sur les glaces de l'Antartique, tirant des luges chargées de 300kg de matériel ; à Lisbonne attelés aux premiers tramways... Partout, le mulet, au cours des âges s'est imposé comme un compagnon remarquable et étonnant de l'aventure humaine et un acteur déterminant de l'histoire des nations..

Il fouetta son cheval à lui enlever la peau et nous répondit par sa locution favorite :
“- a pas peur, notre maître, Napoléon, a passé par ici.
- C'est une vérité historique que je n'ai pas l'intention de vous contester, mais Napoléon était à mulet et il avait un guide qui n'était pas ivre !


Alexandre Dumas, 1832

Photos tirées de l'ouvrage "Mémoires des ânes & des mulets" Gérard Rossini - Equinoxe


 

Le vaisseau des montagnes ...

Si le dromadaire est le vaisseau du désert,
le mulet est le vaisseau des montagnes

Adolphe Guénon - La grande histoire du Mulet


 

 

 

 

 

 

 


Photos tirées de l'ouvrage : "Le mulet Valaisan" de Simone Collet - étions Ketty & Alexandre.
      

 

En pays de montagne, le mulet s'est vite révélé indispensable, sobre, robuste, toujours d'aplomb, il peut être bâté, attelé, sellé... Il est mené par les enfants, et on peut confier à son dos, les plus jeunes et fragiles de la famille. S'il a une réputation de tête de mule, c'est seulement qu'on ne lui fera pas mettre le pied là où il estime qu'il est dangereux de le mettre.


      
" Le mulet marche comme un cheval, tire comme un boeuf, et mange comme un âne"
et dans le Valais central, on affirme : "Le mulet ne tombe malade que pour mourir"

Un animal de confianceIndispensable compagnon du montagnard
Char à foin, avec roues de diamètre inférieur.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En Valais, toujours : "Les mulets portent les gerbes dans les granges, les vendanges sous le pressoir, les engrais sur les champs, vont chercher les fromages dans les montagnes, le bois de chauffage dans les forêts, les foins, les tisons, les ballots... On les attelle, on les monte et le paysan, où qu'il aille, se met toujours sur son mulet."
Bridel, Mélanges helvétiques, 1820

Qui n'a vu mulet en montagne n'a rien vu !

Si la terre glisse sous lui, le mulet ne se livre pas , comme le cheval, à des efforts violents, désordonnés, qui, au lieu de ramener l'équilibre, entraîne une chute plus ou moins grave ; au contraire, il se laisse aller tranquillement, doucement, s'arqueboutant sur ses membres qu'il rassemble deux à deux. Dans ses conditions, les moindres aspérités suffisent pour ralentir ou arrêter la glissade.
Adolphe Guénon


La grande Histoire du Mulet

Compliment d'un observateur averti :
Le mulet me semble une bête étonnante ; il me fait l'effet qu'ici l'art a sublimé la nature.
Charles Darwin, 1835

Et légèrement moins élogieux...

Il faut toujours se méfier du cul d'un mulet, du devant d'une femme, de la rancune d'un prêtre...
Proverbe du Châble


Les Deux Mulets - Jean de la Fontaine
Deux Mulets cheminaient, l’un d’avoine chargé,
L’autre portant l’argent de la Gabelle.
Celui-ci, glorieux d’une charge si belle,
N’eût voulu pour beaucoup en être soulagé.
Il marchait d’un pas relevé,
Et faisait sonner sa sonnette :
Quand l’ennemi se présentant,
Comme il en voulait à l’argent,
Sur le Mulet du fisc une troupe se jette,
Le saisit au frein et l’arrête.
Le Mulet, en se défendant,
Se sent percer de coups : il gémit, il soupire.
Est-ce donc là, dit-il, ce qu’on m’avait promis ?
Ce Mulet qui me suit du danger se retire,
Et moi j’y tombe, et je péris.
Ami, lui dit son camarade,
Il n’est pas toujours bon d’avoir un haut emploi :
Si tu n’avais servi qu’un meunier, comme moi,
Tu ne serais pas si malade.
Jean de la Fontaine